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22/012015

À titre de rappel

Capitale-Nationale

23e COLLOQUE ANNUEL SUR LA CONJONCTURE ÉCONOMIQUE

Le Colloque annuel sur la conjoncture économique, organisé par la section de la Capitale-Nationale de l’Association des économistes québécois en collaboration avec le Cercle finance du Québec et la Fédération des chambres immobilières du Québec, a connu encore une fois cette année un immense succès. Cet événement qui s’est tenu le 22 janvier dernier s’est déroulé en deux temps. D’abord, le volet sur les prévisions 2015 à l’heure du dîner, animé par Clément Gignac, a porté sur les perspectives économiques anticipées par les économistes en chef François Dupuis, Stéfane Marion et Marc Lévesque. Ensuite, en après-midi, Robert Gagné et Cristopher Ragan ont respectivement discuté productivité et écofiscalité.

Les prévisions économiques


Présentation de François Dupuis

François Dupuis, vice-président et économiste en chef du Mouvement Desjardins, était chargé de présenter les perspectives internationales.  Au global, l’économie mondiale devrait connaître une croissance de 3,5 % en 2015. La toile de fond demeure sombre : climat de morosité en Europe, risques déflationnistes accentués par la baisse du prix du pétrole, conflits géopolitiques au Moyen-Orient, inquiétude des banques centrales qui utilisent les armes de dernier recours. Même la Chine connaît une phase de ralentissement graduel de son économie. Seuls les États-Unis, le Royaume-Uni et le Canada ressortent du lot dans les zones économiques industrialisées. L’économie américaine en particulier pourrait espérer une hausse de son PIB de 3,3 % en 2015. Les signaux sont bons du côté de la consommation, des investissements et des dépenses publiques. Cependant certains éléments inquiètent toujours : la hausse anémique des salaires, la qualité moindre des emplois créés, les nombreux exclus du marché du travail et la force retrouvée du dollar américain. L’inflation pourrait devenir négative en milieu d’année en raison de la baisse du prix du pétrole qui remonterait toutefois à 65 $-70 $ en fin d’année. Par conséquent, la FED ne devrait pas augmenter ses taux avant la fin de 2015. En résumé, la présente année sera encore volatile et décevante. Ce n’est pas surprenant  selon M. Dupuis, car la décennie de rééquilibrage à l’échelle internationale amorcée après la crise de 2008 n’est pas terminée.


Présentation de Stéfane Marion

Stéphane Marion, économiste en chef de la Banque Nationale du Canada, s’est vu confié la tâche de couvrir la conjoncture canadienne. Il a tout d’abord brossé la toile de fond internationale dans le contexte de la baisse du prix du pétrole déclenchée par un choc d’offre. Cette chute de prix entraîne non seulement la diminution du prix de l’essence mais aussi celui d’une foule de produits du panier de consommation, notamment celui des denrées alimentaires. Pour le consommateur mondial, ce sont de bonnes nouvelles en plus du fait que les taux d’intérêt sont bas et que le marché du crédit est accommodant. Il s’agit donc d’un contexte globalement favorable. Pour le Canada en 2015, selon M. Marion, «ça passe ou ça casse». Le prix de l’énergie étant à la baisse, l’inquiétude règne au point où la Banque du Canada a réagi en abaissant son taux directeur. Quoi anticiper pour le prix du pétrole? Aux États-Unis, la production marginale, réagissant  à la chute des cours pétroliers, a diminué au cours des huit dernières semaines; ce phénomène devrait se poursuivre et contribuer à stabiliser le prix. Du côté du Moyen-Orient, à 50 $ le prix du baril de pétrole, l’Arabie saoudite enregistre un déficit au compte courant, situation que le principal producteur mondial ne voudra pas voir se poursuivre. Aussi, l’instabilité politique qui prévaut dans les pays de l’OPEP accentue les risques des interruptions de production. Pour ces raisons, M. Marion prévoit que le prix du pétrole va prochainement remonter pour terminer l’année à 60 $. L’économiste a ensuite montré l’importance de cette variable pour l’économie canadienne. La baisse marquée du prix du pétrole a un impact immédiat sur les provinces de l’Ouest qui représente 42 % du PIB nominal, 71 % de la création d’emplois en 2014 et 50 % de la création de ménage en Alberta seulement. Il ne faut cependant pas penser que le Canada s’en va en récession pour autant, car l’effet de la devise jouera aussi son rôle. Le dollar canadien s’étant déprécié de 20 % dans les 24 derniers mois, les exportations canadiennes devraient progresser à un bon rythme. Au global, la croissance du PIB canadien devrait croître 2 % et celui du Québec de 1,6 %. Comment le Québec pourrait-il mieux faire? Outre tabler sur l’augmentation de la productivité, il est primordial dans le contexte du vieillissement de la population, de l’avis de M. Marion, que le Québec se préoccupe davantage de l’intégration de ses immigrants, seule source de la croissance de la formation des ménages. Plusieurs statistiques présentées par l’économiste démontrent l’ampleur des changements à apporter. En conclusion, d’autres avenues d’action sont proposées au gouvernement dont celle de la réforme de la fiscalité et la revue du rôle des institutions.

 

Présentation de Marc Lévesque

Marc Lévesque, vice-président et stratège en chef chez Investissements PSP, a pour sa part donné les grandes lignes de l’évolution anticipée du secteur financier. Deux questions ont été abordées : les taux obligataires et le marché boursier. D’abord, pourquoi les taux obligataires sont-ils aussi bas et continueront-ils de l’être? Les facteurs cycliques (baisse du prix du pétrole, faiblesse des économies américaines et européennes, ralentissement des économies émergentes, etc.) n’expliquent pas le phénomène à eux seuls. Parmi les éléments structurels en cause, M. Lévesque cite l’épargne mondiale qui demeure à un taux extrêmement élevé et qui est appelé à s’accroître encore en raison du désendettement dans les pays développés, conjugué à un niveau d’investissement très faible malgré la reprise en cours. Ainsi, avec ce déséquilibre entre l’offre et la demande de fonds, il est normal que les taux soient très faibles. Cette situation est appelée à se poursuivre car le désendettement privé et public devrait continuer encore sur plusieurs années. Le deuxième facteur responsable de la faiblesse des taux obligataires est celui de l’inflation. En Europe, la situation est alarmante. Le danger et de l’apparition d’une spirale déflationniste est présente. L’écart de production au niveau mondial est très élevé et devrait contribuer à maintenir le taux d’inflation très modeste. Comme troisième élément susceptible de maintenir les taux obligataires bas, M. Lévesque pointe les politiques monétaires accommodantes de divers pays qui ont été adoptées au cours des dernières années et qui vont être poursuivies largement au cours des prochaines années. Tous ces éléments concourront  à garder les taux à un faible niveau. En ce qui concerne le marché boursier, la question est la suivante : est-ce que la Bourse va continuer à afficher des gains en 2015?  Selon M. Lévesque, la réponse est positive car il s’agit de la seule classe d’actifs susceptible de générer des rendements minimalement raisonnables et aussi en raison de l’accélération de l’économie américaine et de l’ampleur des marges bénéficiaires. Cependant, la progression du marché boursier va s’atténuer notamment parce que les marges bénéficiaires vont finir par s’amenuiser. M. Lévesque a terminé sa présentation en identifiant les marchés les plus intéressants. Le Canada se distingue dans cette catégorie de même que certains pays européens. La bourse américaine, pour sa part, connaîtrait plutôt une croissance moyenne.

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Conférences

L’après-midi de ce 23Colloque sur la conjoncture a été consacré à deux exposés sur des thématiques structurelles dont les impacts sont majeurs pour l’évolution de toutes les économies : productivité et environnement. M. Sébastien McMahon de l'industrielle Alliance a agi comme animateur de cette partie de l’activité.

 

Présentation de Robert Gagné

Robert Gagné, professeur titulaire du département d’économie appliquée de HEC Montréal, a présenté à l’auditoire les principales lignes du dernier rapport du Centre sur la productivité et la prospérité qu’il dirige : Productivité et prospérité au Québec : Bilan 2014.

M. Gagné a débuté son allocution en faisant le lien entre productivité et niveau de vie. En termes de PIB par habitant, le Québec fait partie du dernier tiers des économies considérées avec un niveau de 44 499 $ en 2013. Le graphique sur l’évolution du niveau de vie depuis 1981 permet d’observer que la croissance est insuffisante au Québec et en Ontario, comparé à celle de la moyenne des 20 pays de l’OCDE. Si on décompose le niveau de vie en trois facteurs, productivité du travail, intensité du travail et taux d’emploi global, le Québec se situe respectivement aux 22e, 22e et 19e rangs.  L’Alberta et la Norvège dominent le classement. L’activité pétrolière en est responsable. Les heures travaillées par emploi est à peu près le même dans toutes les économies, à l’exception de la Corée du Sud et des États-Unis qui sont aux premiers rangs à ce chapitre. Depuis 1981, le niveau de vie des québécois a augmenté de 14 453 $, situant le Québec en queue de peloton avec la Colombie-Britannique et l’Italie. M. Gagné a montré le lien étroit entre la croissance de la productivité du travail et celle du niveau de vie. Si le Québec avait eu une augmentation de productivité du travail de l’ordre de 1,3 %-1,4 % plutôt que de 1,03 % sur trente ans, le PIB du Québec serait supérieur de 64 G $. Ensuite, M. Gagné a fait le lien entre productivité du travail et revenu disponible, le but étant de répondre aux arguments avancés par Pierre Fortin à l’effet que le coût de la vie moins élevé au Québec qu’ailleurs au Canada amoindrirait le problème de productivité. À cette fin, les données de consommation et d’épargne par habitant ont été additionnées pour obtenir le revenu disponible qui a été dégonflé pour le coût de la vie. En faisant cette correction pour tenir compte des différences entre les provinces, le Québec gagne des rangs mais demeure derrière l’Alberta, la Saskatchewan, l’Ontario et la Colombie-Britannique. Donc, la prise en compte du coût de la vie améliore la situation du Québec mais pas de façon majeure. De plus, M. Gagné a montré que les écarts de coûts entre le Québec et les autres provinces ont diminué sensiblement au fil du temps. En terminant, il s’est dit d’accord avec Stéfane Marion sur l’importance de l’immigration pour aider à la prospérité du Québec.

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Présentation de Christopher Ragan

Le second invité, M. Christopher Ragan, professeur associé à l’Université McGill, a d’abord fait la génèse de la Commission de l’écofiscalité qu’il préside. Il y a quelques années, il a participé à un débat qui portait sur deux concepts : croissance verte versus décroissance, le premier faisant référence à la croissance économique dans le respect de l’environnement, ce à quoi il adhère, alors que le second évoque le besoin de réduire le PIB à cause des problèmes environnementaux. Dans la foulée de ces réflexions, il a senti le besoin de connecter les académiciens du domaine et ceux qui élaborent les politiques. Alors qu’il travaillait au Ministère des Finances du Canada sur la politique sur les changements climatiques et qu’Environnement Canada préparait de son côté la politique sur les échanges de carbone, il s’est dit qu’il devait y avoir un moyen plus efficace d’élaborer des politiques cohérentes. D’où l’idée de la Commission dont le but est d’atteindre à la fois une meilleure performance économique et une meilleure performance environnementale. Il est en effet possible de faire mieux selon des indicateurs de balisage montrés par M. Ragan, autant pour la croissance que sur le plan environnemental. Le principal obstacle à l’atteinte de l’objectif de meilleure performance est la croyance qu’un environnement plus sain n’est possible qu’au prix d’un sacrifice économique. Penser de la sorte correspond à une vision de courte vue qui ne prend pas en compte les coûts de l’inaction comme ceux reliés à la pollution de l’air évalués à 230 G $ en 2008 au Canada. Une solution : revoir la fiscalité pour changer les comportements. Actuellement, on taxe ce qu’on aime (l’emploi, les profits) et on ne taxe pas ce qu’on n’aime pas (la pollution)! M. Ragan a présenté un tableau qui démontre que le Canada ne retire pas une portion importante de ses revenus provenant des taxes reliées par l’environnement comparativement à d’autres pays. Il y a donc une occasion à saisir. Dans ce qu’il appelle «Écofiscal Policy 101», il faut d’abord s’attaquer au prix de polluer. Une bonne taxe réduirait la pollution et susciterait l’innovation. Ensuite, il faut recycler les revenus de manière à  réduire les taxes qui nuisent à la croissance, investir en innovation et protéger les ménages à faibles revenus. Il ne serait pas nécessaire de réinventer la roue, dans bien des cas il suffirait de s’inspirer d’expériences étrangères. M. Ragan a donné l’exemple de mesures fiscales prises pour freiner l’émission de carbone dans divers pays; toutes s’accompagnaient de gains économiques au niveau du PIB à long terme. Plusieurs thématiques pourraient être examinées au Canada : la congestion routière, le prix de l’eau, la production de déchet, etc. M. Ragan a conclu en présentant les membres et conseillers de la Commission, son mode de fonctionnement et son échéancier.

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