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19/032015

À titre de rappel

Montréal

ÉCART DE PRIX ENTRE LE CANADA ET LES ÉTATS-UNIS- Section de Montréal

Le 19 mars dernier, la section de Montréal de l’Association des économistes québécois recevait Nicholas Li, Ph. D. de l’Université de Californie à Berkely et professeur adjoint au département de sciences économiques de l’Université de Toronto, afin de cerner les facteurs explicatifs des écarts de prix de détail observés entre le Canada et les États-Unis. Pourquoi les Canadiens ont-ils payé en moyenne dans la dernière décennie de 10 à 25 % de plus que les Américains pour des biens identiques et ce même après rajustements en fonction du taux de change et des taxes de vente? C’est la question que Valérie Poulin, présidente de la section de Montréal, a soumise au conférencier en début de séance.

D’entrée de jeu, M. Li convenait que le sujet à traiter était fort complexe en raison de l’interaction des multiples forces du marché et des actions gouvernementales prises des deux côtés de la frontière. Toutefois, la question de l’écart de prix Canada-États-Unis est devenue de plus en plus d’intérêt pour les consommateurs au cours des dernières années. En effet, ceux-ci pouvaient plus facilement établir des comparaisons de prix étant donné le développement du commerce en ligne et l’arrivée de grandes chaînes américaines dans le marché de détail canadien, dans un contexte où le dollar canadien était très élevé ou à quasi parité avec le dollar américain.

M. Li a poursuivi en présentant son cadre analytique. Il a commencé par le «concept d’arbitrage» qui détermine la possibilité d’observer des écarts de prix pour un bien identique dans des lieux différents, à l’intérieur d’un pays ou entre deux pays. Cette notion vaut autant pour le consommateur (choix d’acheter dans un moins beau magasin, en ligne, où outre-frontière en assumant les coûts liés à ces choix) que pour la firme (choix de distribution en fonction des coûts ou des contraintes règlementaires). Aussi, l’évolution du taux de change est évidemment à considérer dans l’examen des écarts de prix. Sur le court terme, M. Li a montré que les prix des biens peuvent fluctuer de façon significative et qu’il est possible d’observer par conséquent un large éventail d’écarts de prix positifs et négatifs Canada-États-Unis pour les mêmes marchandises. Sur le long terme, ceux-ci évoluent en fonction du mouvement du taux de change.  M. Li a rappelé aussi le mode de détermination des prix de gros et de détail (coût du manufacturier, marge, coûts d’opération du détaillant, marge du détaillant, éléments qui constituent le prix de détail sur lesquels sont appliqués les taxes et tarifs).

Qu’en est-il sur le plan empirique? Après avoir précisé les sources de données de sa recherche, M. Li a présenté les principaux résultats de son analyse :

*        La moyenne des écarts de prix Canada-États-Unis (taux de change réel) suit l’évolution du prix du pétrole et celle du taux de change nominal.

*        Le consommateur réagit (arbitrage) aux écarts de prix  par le magasinage outre-frontière (les voyages de moins d’une journée outre-frontière sont corrélés avec l’évolution du taux de change réel). Cependant, l’amplitude du phénomène décroît avec l’augmentation de la distance nécessaire pour traverser la frontière.

*        Il existe une importante variation dans les écarts de prix selon les biens.

*        Une des raisons de ces écarts de prix : le prix du manufacturier plus élevé au Canada.

*        La moins grande variété de produits au Canada serait aussi responsable des écarts de prix Canada-États-Unis (moins de concurrence).

*        L’importance relative des coûts de distribution, du poids de la concurrence et de l’imposition des taxes et tarifs jouent différemment selon les catégories de produits. À propos des tarifs, M. Li a souligné qu’en plus de provoquer l’augmentation des prix des produits importés, ils ont pour effets indirects de diminuer la concurrence et de permettre aux multinationales  de discriminer au niveau des prix des biens quand ceux-ci sont produits hors de la zone de libre-échange.

M. Li a terminé sa conférence en faisant état des récentes tendances en matière de commerce de détail au Canada. L’entrée de nouveaux joueurs dans le commerce de détail ou l’expansion des joueurs en place comme Walmart, la fusion de grandes chaînes et le développement du commerce en ligne devraient contribuer à réduire les écarts de prix Canada-États-Unis observés actuellement. Par ailleurs, le gouvernement pourrait aussi adopter des politiques qui concouraient à la diminution des différences de prix : élimination des tarifs qui pourraient être remplacés par une augmentation d’un point de pourcentage de la TPS, permettre une exemption de taxes et de douanes sur les sorties d’un jour aux États-Unis, ou encore augmenter l’exemption de taxe et de douane sur les expéditions de colis (actuellement cette exemption est de 20 $ au Canada et de 1000 $ en Australie), des mesures qui n’auraient cependant pas la faveur des détaillants canadiens. Également, le gouvernement a chargé le Bureau de la concurrence de demander aux compagnies de fournir des données sur leurs coûts s’il est suspecté que celles-ci chargent des prix plus élevés au Canada que ne le justifient les coûts. M. Li ne croit pas que ce soit une solution en raison notamment  du fardeau administratif que cette mesure engendre et de la difficulté de porter un jugement sur les «coûts justifiés».

En conclusion, M. Li a indiqué que la solution pour réduire les différences de prix Canada- États-Unis consistait à tabler sur une plus grande intégration économique : établir un véritable marché commun (tarifs externes uniques pour le Canada et les États-Unis, élimination de la frontière) et adopter une monnaie unique (l’expérience de la zone euro montre effectivement que les écarts de prix sur les mêmes biens sont largement rétrécis entre les différentes juridictions avec la monnaie commune).

                                          

Présensentation de Nicholas Li

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