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26/102015

À titre de rappel

Montréal

QUELLES SOLUTIONS POUR ASSURER LA DISPONIBILITÉ DE LA MAIN-D'œUVRE? 

Le 26 octobre dernier, la section de Montréal de l’Association des économistes québécois avait réuni un panel de conférenciers réputés pour discuter de la question : «Quelles solutions pour assurer la disponibilité de la main-d’œuvre?». L’auditoire a ainsi pu connaître les vues de Mme Monique Jérôme-Forget, conseillère spéciale chez Osler, de M. Pierre-Carl Michaud, professeur à l’Université du Québec à Montréal et membre de la Commission d’examen sur la fiscalité québécoise et de M. Thomas Gulian, directeur de l’Institut de recherche sur l’intégration professionnelle des immigrants au Collège de Maisonneuve. M. Alain Bélanger, professeur de démographie à l’INRS-Centre Urbanisation Culture Société et président de la Canadian Population Society, a agi comme modérateur.

M. Bélanger a ouvert la discussion en présentant des statistiques sur les projections à l’horizon 2031 de la population active et du taux global d’activité. Des changements importants surviendront dans la composition de la population active : il faudra s’attendre à une présence plus marquée des immigrants, des minorités visibles, des personnes de plus de 55 ans et des détenteurs de diplômes universitaires. Ces modifications de composition ne seront pas sans entraîner des impacts sur l’offre et la demande de main-d’œuvre au chapitre des compétences. Il a terminé son allocution en donnant les résultats d’études sur les différences de niveau de compétences des immigrants selon que leur diplôme ait été obtenu en Occident ou dans leur pays d’origine.

Présentation de M. Alain Bélanger

Face au défi de l’évolution démographique au Québec, Mme Monique Jérôme-Forget propose de miser sur la présence et la place des femmes dans la population active. Par une série de graphiques, Mme Jérôme-Forget montre le chemin parcouru par les femmes québécoises au niveau de la scolarité. Ainsi, en 2009, elles sont plus nombreuses que les hommes sur le marché du travail à détenir un diplôme de premier cycle. Cependant, elles accusent toujours un différentiel de salaire de 4 600 $ à leur premier emploi, elles sont encore en  minorité dans les postes de commande dans les entreprises et elles sont toujours sous-représentées dans les conseils d’administration. Mme Jérôme-Forget traduit ainsi la situation des femmes : elles font face à la fois à un «plafond de verre» et à un «plancher collant». Mme Jérôme-Forget se désole également du fait que les femmes abandonnent leur carrière en plus grand nombre que les hommes selon une étude américaine, le besoin de temps avec les enfants venant en tête de la liste des raisons qu’elles évoquent pour cet abandon. Mme Jérôme-Forget reste toutefois confiante face à l’avenir et prévoit que le temps fera finalement son œuvre.

Présentation de Mme Monique Jérôme-Forget

De son côté, M. Pierre-Carl Michaud, s’est penché sur la participation des personnes de 50-69 ans au marché du travail. Une augmentation à ce chapitre contribuerait à freiner la chute attendue du taux d’activité. M. Michaud a d’abord montré l’évolution du taux d’activité par groupe d’âge des hommes et des femmes de 50 à 69 ans au Québec, entre 1976 et 2011. Autant pour les hommes que pour les femmes, on remarque une remontée depuis le milieu des années 90. À quoi attribuer cette tendance? M. Michaud a énuméré plusieurs facteurs explicatifs : la composition changeante de la main-d’œuvre en termes de niveau d’éducation, l’évolution du travail des femmes, l’augmentation de l’espérance de vie, le travail moins exigeant physiquement, et le passage accru de régimes de retraite à prestation déterminée à celui de cotisation déterminée. M. Michaud a conclu sa présentation en indiquant l’importance de doser correctement les incitations fiscales ou autres faites pour encourager les travailleurs âgés à poursuivre sur le marché du travail versus les mesures budgétaires de protection contre la pauvreté des personnes âgées, comme le SRG. Il en va de la progression du niveau d’emploi et des gains de productivité attendus.

Présentation de M. Pierre-Carl Michaud

Le dernier conférencier, M. Thomas Gulian, a exploré les pistes pour mieux tirer parti des compétences des personnes immigrantes. Le conférencier a d’abord présenté des statistiques sur l’intégration professionnelle des immigrants au Québec. La différence entre le taux de chômage des personnes nées au Québec en 2014 (7,7 %) versus celui des immigrants arrivés depuis 5 ans et moins (17,2 %) montre la grande difficulté à s’intégrer au marché du travail pour ces derniers. À ce problème s’ajoute celui de la «déqualification», les immigrants devant accepter, dans bien des cas, d’occuper des emplois qui ne correspondent pas à leur niveau de formation. Il s’ensuit, selon M Gulian, une perte pour l’économie canadienne évaluée, en 2006, à 11,37 milliards de dollars.  Les obstacles à l’intégration professionnelle des immigrants sont nombreux : la non-reconnaissance des diplômes étrangers et de l’expérience étrangère, des pratiques de ressources humaines peu adaptées à la diversité des profils issus de l’immigration, la langue et aussi la discrimination. M. Gulian propose quelques clés pour vaincre ces difficultés. En fonction des réalités des entreprises, il faudrait d’abord, selon lui, construire des mécanismes et des outils plus objectifs d’évaluation des compétences. Ensuite, il y aurait lieu de faciliter l’acquisition des compétences manquantes, sans repasser par des programmes d’études au complet et sans éloigner les immigrants du marché du travail en favorisant la formation continue et l’alternance travail-étude.

Présentation de M. Thomas Gulian