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24/112015

À titre de rappel

Capitale-Nationale

Perspectives économiques des ressources naturelles : où en sommes-nous?- Section de la Capitale nationale

24 novembre 2015

Le 24 novembre dernier, la section de la Capitale-Nationale de l’Association des économistes québécois était en charge de l’organisation du segment économique des conférences de l’événement Québec Mines 2015, comme elle l’avait fait en 2014. De nombreux participants de divers domaines ont assisté aux présentations qui ont été données par des conférenciers experts du secteur : Mme Patricia M. Mohr, vice-présidente et spécialiste des marchés des produits de base à la Banque Scotia, M. Glenn J. Mullan, CEO et président du conseil d’administration de Golden Valley Mines Ltd et vice-président de l’Association des prospecteurs et développeurs du Canada, ainsi que M. Alain Rollat, spécialiste des terres rares chez Solvay Special Chem et Novecare.


Présentation de Mme Patricia M. Mohr : Metal Prices, Currencies & Global Growth- Outlook 2015-17- Will China remain a Key <Growth Market> for metals?

Mme Mohr, mandatée pour donner un aperçu du contexte d’évolution du marché des métaux à moyen terme, a illustré la grande volatilité qui a prévalu au cours des dernières années à l’aide de l’indice qu’elle a développé à la Banque Scotia. Cet indice, qui avait crû fortement de 2001 à 2008 sous la poussée de la montée de la Chine, a chuté brutalement en 2008 avec la crise financière. Grâce à la reprise rapide de l’économie chinoise, l’indice a alors repris de la vigueur jusqu’à un pic en avril 2011. Depuis, les mesures d’austérité budgétaires en vigueur dans la zone Euro, la lutte pour des parts de marché dans le secteur du minerai de fer et du pétrole, la force du dollar américain, la difficile transition de l’économie chinoise vers une économie de services sont, parmi d’autres, des facteurs qui expliquent la constante baisse de l’indice des prix des matières premières. Mme Mohr n’entrevoit pas de remontée dans les prix avant la période 2017-2020 en raison, notamment, du poids de la croissance industrielle de la Chine dont les prévisions sont revues à la baisse et de la diminution anticipée des investissements dans le secteur de l’énergie aux États-Unis à la suite de la chute du prix du pétrole. Cependant, à plus long terme, des embellies sont prévues à cause des mesures de mitigation prises par la Chine, dont la construction du chemin de fer associé au projet de la renaissance de «la route de la soie», du potentiel de pénétration de l’automobile dans les marchés chinois et indien et de l’activité industrielle américaine.

Dans un deuxième temps, la conférencière a fait part des perspectives qu’elle entrevoit pour les deux prochaines années concernant le prix de certaines matières premières. D’abord le prix du pétrole va légèrement remonter mais restera très bas par rapport à son niveau de 2014, d’où l’importance selon elle que le projet de pipeline Énergie Est voit le jour pour soutenir l’industrie pétrolière de l’Ouest canadien. Mme Mohr prévoit que le prix de l’or, en baisse depuis 2011, va rester volatile. Un des métaux dont le prix pourrait monter de façon significative à cause d’une demande accrue est le palladium, utilisé pour contrôler les émissions de CO2 dans les convertisseurs catalytiques des autos, qui résulterait de la croissance attendue du parc automobile chinois. Le prix du cuivre, pour sa part, devrait continuer de diminuer à cause de la faible demande de la Chine et du développement récent de plusieurs mines. À l’opposé, l’offre de zinc est en baisse marquée, sur 24 projets à l’échelle mondiale seulement deux ont trouvé du financement pour 2018; il est donc à prévoir une hausse importante du prix de ce métal en raison de sa rareté anticipée. Le prix du nickel restera faible en 2016 à cause de la faiblesse des dépenses d’investissement dans le secteur du pétrole. Finalement, Mme Mohr ne prévoit pas de remontée du prix du minerai de fer avant 2018 car les producteurs à faible coût de l’Australie et du Brésil continueront leur lutte pour des parts de marché en tenant les prix bas.  

 

Présentation de Glenn J. Mullan- Pas de solution miracle : état du financement de l’exploration minière

À titre de vice-président de l’Association des prospecteurs et développeurs du Canada et en tant que joueur dans l’industrie minière, M. Mullan a d’abord décrit la problématique difficile du financement de l’exploration minière dans le contexte de croissance économique des pays en développement nettement plus faible que dans la décennie précédente. Cette situation se traduit dans la trajectoire des prix des métaux qui se retrouve à un niveau inférieur à celle du début de 2013. C’est ainsi que le financement minier à l’échelle mondiale a fondu : le financement par dette est passé de 125,3 à 56,4 milliards de $, alors que celui par actions a chuté de 74 à 15 milliards de $ entre 2007 et 2014. Le budget d’exploration a diminué systématiquement dans toutes les contrées productrices et dans toutes les phases d’exploration (primaire, avancé et faisabilité et site minier). Au Canada, les inscriptions à la bourse de croissance ont décru de 10 % entre 2013 et 2015.

Face à ce ralentissement majeur, M. Mullan a énuméré les nombreuses actions entreprises et réalisées par l’Association des prospecteurs et développeurs du Canada pour contrer le mieux possible le cycle baissier en cours. L’Association se penche sur la réforme règlementaire des marchés des capitaux et privilégie les propositions qui visent à élargir la base d’investisseurs, la réduction du fardeau règlementaire et des coûts et l’amélioration de l’application de la réglementation. Du côté fiscal et budgétaire, l’Association travaille avec le gouvernement pour la révision et le renouvellement des incitatifs tels le crédit d’impôt pour l’exploration minière, les programmes d’aide aux prospecteurs et les fonds de capital de risque. Elle propose également  l’adoption de nouvelles mesures comme celles visant à prendre en compte les coûts environnementaux et de consultation des populations pour établir les barèmes d’aide. Finalement, l’Association offre de nombreux services directs aux investisseurs et aux entreprises au moyen, notamment, d’activités de formation et de réseautage et d’un portail de financement conçu afin d’aider les entreprises à accéder plus facilement aux subventions et incitatifs gouvernementaux. 

 

Présentation de M. Alain Rollat : Le marché des terres rares et l’évolution des technologies

M. Rollat a débuté son allocution en présentant un graphique montrant l’évolution prévue de l’utilisation des terres rares dans la fabrication de différents produits au cours des prochaines années. L’augmentation la plus significative s’observerait du côté de la production des aimants. Le conférencier souligne cependant l’importance d’être prudent dans les prévisions de demande pour les terres rares car plusieurs facteurs peuvent les invalider. Tout d’abord, il y  l’incertitude entourant le marché et les politiques de la Chine qui détient les plus importants gisements. La Chine, voulant garder un contrôle sur ses ressources émet des quotas d’exportation des terres rares. De 2004 à 2008, ceux-ci permettaient de soutenir la demande mondiale. Or en 2010, elle a baissé ses quotas de 40 % alors que la demande mondiale avait doublé. Il s’en est suivi une augmentation des prix vertigineuse non anticipée.  L’autre phénomène qui joue est la difficulté d’obtenir la composition optimale des terres rares extraites qui s’arrime avec les besoins de fabrication. Par exemple, les aimants, principale débouché pour les terres rares n’utilisent que certaines composantes de celles-ci, faisant en sorte que les éléments inemployés se retrouvent  en surplus important tout en demeurant liés au prix global des terres rares. Le marché ne joue donc pas véritablement son rôle dans ce cas. Également, les innovations technologiques peuvent venir changer la donne de façon significative. Comme exemple, M. Rollat donne celui de la production des aimants. Étant donné le coût élevé des terres rares, plusieurs recherches sont en cours pour éliminer l’utilisation des terres rares dans la fabrication des aimants ou encore pour en réduire la teneur. La compagnie Siemens a trouvé une solution en 2014. On peut donc s’attendre à une baisse de la demande et des prix. La même illustration est faite concernant les ampoules LED qui remplacent les ampoules LFL utilisant la terre rare du phosphore pour sa fabrication.