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21/012016

À titre de rappel

Capitale-Nationale

24e COLLOQUE ANNUEL SUR LA CONJONCTURE ÉCONOMIQUE- Section de la Capitale- Nationale

21 janvier 2016

La popularité du colloque annuel sur la conjoncture économique, organisé par la section de la Capitale-Nationale en collaboration avec le Cercle Finance du Québec, ne s’est pas démentie pour sa 24e édition. En effet, près de 500 personnes ont participé au volet sur les prévisions économiques, animé par Clément Gignac. Les économistes en chef de grandes institutions financières François Dupuis, Marc Lévesque et Stéfane Marion ont tour à tour fait part de leurs perspectives de l’évolution de la conjoncture. Ont suivi en après-midi les conférences de Mark Kruger et de Frédérick Gagnon qui ont porté respectivement sur l’économie chinoise et sur les présidentielles américaines, deux déterminants majeurs de la trajectoire présente et future de l’économie mondiale.

À  l’invitation de Clément Roberge, président du Cercle Finance du Québec, l’activité a débuté comme le veut la tradition par la présentation d’un organisme de bienfaisance. Cette année, il s’agissait de «Éducaide». Sa présidente, Isabelle Grenier, vice-présidente aux affaires corporatives de Gestion Universitas inc., a tracé les grandes lignes d’action de ce fonds d’aide à l’éducation, créé en 2002, destiné à soutenir financièrement des jeunes issus de milieux moins favorisés. Andrelle Gusain, récipiendaire de bourses octroyées par Éducaide, a par la suite livré un témoignage convaincant du bien-fondé de l’organisme.

Présentation de Marc Lévesque sur l’économie mondiale

Marc Lévesque, vice-président et économiste en chef d’Investissements PSP, a amorcé le volet sur les prévisions économiques en faisant un survol des perspectives à l’échelle internationale. À son avis, les craintes d’une récession mondiale sont exagérées; cependant, la croissance globale devrait s’avérer très modeste. La Chine, en transition vers une économie de services, connaîtra une croissance plus lente et plus volatile qui affectera les autres économies.  Par ailleurs, la divergence de la conduite des politiques monétaires entre la zone euro (expansive) et les États-Unis (restrictive) demeurera un point de mire important au cours des prochains mois. M. Lévesque a ensuite examiné plus spécifiquement le cas de la Chine. À son avis, il faut relativiser la chute boursière chinoise étant donné que les actions tiennent peu de place dans le bilan des ménages (moins de 1 %) ainsi que dans le financement des entreprises chinoises; de plus, il faut prendre en compte que la baisse de 45 % de la bourse chinoise observée depuis juillet survient après une appréciation de 150 % au cours de l’année précédente. Ceci étant dit, l’économie chinoise devrait ralentir encore l’an prochain sous l’effet de l’essoufflement du secteur industriel et des exportations qui n’est pas encore complètement compensé par la vigueur du secteur des services. Les prix des produits de base devraient rester faibles et continuer d’avoir des impacts négatifs sur les économies basées sur les ressources naturelles. Du côté de la zone euro, la croissance reprend mais de façon très lente. L’évolution de plusieurs indicateurs reste encore anémique comme le crédit aux entreprises et, par conséquent, celui des investissements privés. Le taux de chômage ne diminue que très lentement et l’inflation demeure en bas des cibles à cause des capacités excédentaires élevées. La conduite de la politique monétaire continuera donc d’être un défi en 2016 pour la BCE.

Présentation de Stéfane Marion sur l’économie américaine

Selon Stéfane Marion, économiste et stratège en chef à la Banque Nationale, la période d’expansion est relativement jeune aux États-Unis : 27 mois. Pour cette raison, il ne faut pas craindre une hausse majeure de l’inflation. Malgré tout, la Réserve fédérale a relevé son taux directeur en décembre 2015. Elle était en droit de le faire étant donné que l’emploi à temps plein avait plus que retrouvé son niveau d’avant la récession, condition clé pour amorcer le revirement. Avec cette performance de création d’emploi, la formation de ménages a retrouvé de la vigueur laissant entrevoir un potentiel intéressant de consommation et de construction. De plus, le fardeau hypothécaire actuel des américains (mensualités en % du revenu disponible) est d’à peine 4,6 %, ce qui permet d’anticiper l’augmentation du taux de propriété avec ses effets sur la consommation. Fait inusité, cette reprise est en train de se réaliser dans un contexte de très faible inflation. Usuellement, quand le taux de chômage est de 5 %, l’augmentation des salaires voisine les  4 %. Or, ce n’est pas ce qui est observé, une première aux États-Unis. M. Marion avance comme explication le fait qu’un changement structurel au niveau de la répartition des hausses salariales est en cours. On constate que les personnes de 55 ans et plus, qui passeront de 22 à 25 % de la force de travail américaine d’ici quatre ans, connaissent des augmentations de salaires moindres que celles des autres classes de salariés depuis deux décennies. Ce phénomène laisse prévoir des pressions moindres sur l’inflation. Par ailleurs, la Réserve fédérale se doit aussi de surveiller l’appréciation du dollar américain à cause de ses impacts sur la dette des pays émergents libellée dans cette devise. Du côté du secteur pétrolier américain, M. Marion entrevoit une diminution de la production en raison des coûts de financement élevé actuels, ce qui aiderait le dollar canadien à reprendre de la vigueur. Au global, une croissance de 2,0 %, autour du potentiel, est attendue aux États-Unis pour 2016 avec une inflation de 1,5 %.

Présentation de François Dupuis :

*        Sur l’économie canadienne

Pour François Dupuis, vice-président et économiste en chef au Mouvement Desjardins, le choc pétrolier constitue le principal enjeu auquel fait face le Canada. Le dollar canadien joue actuellement le rôle d’amortisseur mais, à son avis,  les politiques économiques devront être revues pour tenir compte des dommages énormes causés par la chute abrupte du prix du pétrole qui sont évalués à 50 milliards de dollars. Les régions du Canada sont évidemment touchées différemment, les provinces de l’Ouest et Terre-Neuve étant les plus affectées. Dans ce contexte de perte dans le secteur pétrolier et gazier, les investissements devraient être à la baisse, non seulement dans ce domaine d’activité mais également dans d’autres secteurs à cause des effets de contagion. Selon M. Dupuis, il faut miser du côté des exportations hors énergie pour entrevoir des perspectives plus prometteuses. Comme les parts de marché reprennent aux États-Unis, bien que modestement, et que la devise canadienne s’est dépréciée contre celle de la plupart des pays, il pourrait s’en dégager des effets positifs sur la croissance du PIB canadien. Par ailleurs, la politique budgétaire du gouvernement canadien, avec le programme d’infrastructures annoncé, pourrait aider à soutenir l’activité économique au pays. Le gouvernement canadien aurait de la marge de manœuvre pour adopter un plan agressif de dépenses dans son prochain budget. La politique monétaire, de son côté, a déjà fait beaucoup pour accommoder la situation. Un autre sujet d’inquiétude réside dans l’endettement record des ménages et du prix surévalué du prix des propriétés (entre 10 % et 30 %). Ce fait, cumulé aux autres problèmes de l’économie canadienne, pourrait faire craindre la préparation d’une tempête parfaite. Dans ces conditions, les prévisions de croissance du PIB canadien se limitent à 1,5 % avec un taux de change à 0,72 $US pour 2016 dans le scénario de base, alors que les perspectives sont beaucoup plus pessimistes dans le scénario alternatif pour lequel la situation s’aggraverait.

*        Sur l’économie québécoise

Au cours de 2015, le Québec a connu de bons résultats au chapitre de l’emploi (48 000 postes créés). Aussi, la confiance des ménages a repris du mieux  tout comme l’activité du secteur résidentiel. Toutefois, les ventes au détail ont manqué de vigueur, la confiance des PME s’est encore affaiblie, les investissements n’ont pas été au rendez-vous et les exportations internationales ont plafonné. Le potentiel économique a baissé au cours des dernières années. Que faire pour modifier la trajectoire de la prospérité? M. Dupuis suggère plusieurs pistes : stimuler l’entrepreneuriat, développer les marchés hors du Québec et intégrer davantage les chaînes de valeur mondiales, être ouverts à l’investissement étranger, favoriser la formation continue et mieux intégrer les immigrants.

Présentation de Frédérick Gagnon sur les présidentielles américaines

En vue de l’élection présidentielle du 8 novembre prochain, le parti démocrate et le parti républicain entrent dans le processus de détermination de leurs candidats. La période des caucus et des primaires commencent le 1e février pour se terminer à la mi-juin et se tiennent dans tous les états américains. À ces événements, les candidats chercheront à obtenir le plus grand nombre de votes puisque ceux-ci détermineront pour chacun le nombre de délégués qui participeront aux conventions nationales des partis. Celle des démocrates aura lieu du 25 au 28 juillet à Philadelphie et celle des républicains se tiendra à Cleveland du 18 au 21 juillet.

La course républicaine peut être qualifiée de surprenante. Divers courants idéologiques sont représentés. Dans le couloir plus religieux et plus près du Tea Party, on retrouve Ted Cruz qui occupe la 2place dans les sondages et Donald Trump, le meneur. Dans un segment plus modéré, quatre candidats se font la lutte dont Marco Rubio, d’origine cubaine. Ces modérés se divisent le vote dans l’opinion publique et contribuent à laisser la voie libre à Donald Trump. Les primaires du 1(Iowa) et du 9 février (New-Hampshire) seront très importantes, car il est reconnu que pour avoir l’attention médiatique il faut : «Win big, win early».  Comment expliquer le succès de Donald Trump. M. Gagnon avance plusieurs explications : il s’agit d’un nom connu, M. Trump attire les médias par ses phrases-chocs, il met l’accent sur des thèmes qui rappellent les mythes de la grandeur américaine et il incarne une autre façon d’être politicien étant indépendant de fortune.

Du côté des démocrates, la course est moins palpitante mais l’affrontement entre Hilary Clinton et Bernie Sanders laisse apparaître des courants de pensée différents à l’intérieur du parti. Mme Clinton est vue comme étant la centriste alors que Bernie Sanders se dit socialiste. La course sera serrée en Iowa et Sanders mène dans les sondages au New-Hampshire.

En quoi la course est-elle intéressante pour le Québec et le Canada? Au-delà de l’investiture des partis et de l’élection présidentielle, ce sont les courses plus locales pour les postes de représentants à la Chambre des représentants, de sénateurs, de gouverneurs des États qu’il faut surveiller pour retrouver des enjeux québécois ou canadiens. Dans le cadre d’une recherche que M. Gagnon a réalisée sur le terrain dans les états limitrophes en 2014, il a pu constater que le Québec se retrouvait dans l’actualité électorale pour des questions bien spécifiques. Il a fourni plusieurs exemples : la catastrophe de Lac Mégantic en lien avec la sécurité du transport ferroviaire du pétrole, le projet de prolongement d’un l’oléoduc de gaz naturel dont se sert Gaz Métro, le projet Nothern Pass qui accroîtrait  la capacité d’exportation d’Hydro-Québec aux États-Unis. Des sujets de ce type ne font pas les manchettes mais seront sans doute bien présents en 2016 et mériteront d’être surveillés.