LES TAUX ANNUALISÉS DE VARIATION TRIMESTRIELLE DU PIB : DE L’EXAGÉRATION À LA SUPERCHERIE

Ramener en rythme annuel la variation trimestrielle en pourcentage du produit intérieur brut réel (PIB) vient habituellement gonfler artificiellement les faits[1]. En ces temps de pandémie où l’activité économique connaît des fluctuations importantes d’un mois ou d’un trimestre à l’autre, l’annualisation des taux fictionnalise la réalité. La revue The Economist a récemment indiqué que ces taux sont «…astonishing and misleading…».[2] Les taux annualisés quadruplent les variations d’un trimestre à l’autre[3]. Ils donnent une idée de ce que serait le pourcentage de variation annuelle du PIB, si le taux de variation d’un trimestre se répétait à chaque trimestre de l’année, ce qui est illusoire puisque ce n’est pas le cas en pratique[4].

UNE VIEILLE SAGESSE ÉCONOMIQUE QUI INTERPELLE TOUJOURS

Dans son dernier livre, Paul Collier estime que le capitalisme actuel est une faillite morale et qu’il ne peut être sauvé que par sa refondation sur l’éthique. Collier n’est pas le seul économiste à s’être interrogé sur les écarts entre le libre marché et les principes éthiques nécessaires à la vie en société. Puisque la science économique a pour objet la production et la distribution de la richesse, elle doit forcément s’intéresser aux comportements des individus, des entreprises et des gouvernements et, pour cette raison, elle peut difficilement éviter de se prononcer sur des questions que l’on peut assimiler à la morale ou à l’éthique. D’ailleurs, de son vivant, Adam Smith était davantage connu pour son ouvrage intitulé La Théorie des sentiments moraux (1759) que pour celui qui l’a rendu célèbre, La Richesse des nations (1776). Pour Tomas Sedlacek, un économiste tchèque contemporain, la réflexion sur les moyens et les fins de l’économie a commencé bien avant la publication de...Read More >

PAUL COLLIER : CONVERTIR LE CAPITALISME

Paul Collier sera conférencier à l’ouverture du congrès de l’Association des économistes québécois (29-30 mai prochain). Il y a seulement quelques années, le libéralisme économique faisait la quasi-unanimité comme étant le meilleur moyen pour assurer la prospérité et le bien-être du plus grand nombre. Une large partie de l’opinion publique est maintenant autant sinon plus sensible aux méfaits qu’aux avantages de ce que l’on désigne maintenant par son ancienne appellation, plus lourdement connotée, de capitalisme. Celui-ci est de plus en plus perçu comme responsable des problèmes environnementaux qui menacent la vie sur Terre et des  inégalités qui suscitent l’indignation et ouvrent la porte à des politiques de moins en moins démocratiques un peu partout dans le monde. Par ailleurs, les succès économiques persistants de la Chine incitent à penser que l’État peut intervenir dans le fonctionnement des marchés sans nuire à la croissance à long terme de l’économie.

LE PRIX DES MAISONS AU QUÉBEC

Gérard Bélanger a affirmé  dans un billet récent : Le déclin relatif de l’économie du Québec se traduit par une baisse de son poids démographique tout en conservant une importante égalisation de la rémunération réelle. Comment s’est effectuée cette égalisation de la rémunération réelle ? L’économie du Québec est de 10 % à 15 % moins performante que celle de l’Ontario et les salaires nominaux sont aussi de 10 % à 15 % plus bas au Québec qu’en Ontario. Alors comment se fait-il que la rémunération réelle soit comparable entre les deux?  

LES LIENS ENTRE LA DÉMOGRAPHIE ET LA CROISSANCE DANS UNE PETITE ÉCONOMIE

À la veille du congrès annuel de l’ASDEQ ayant pour thème Démographie, immigration et transformation du marché du travail : menaces ou opportunités ? , il m’apparaît approprié de reprendre le billet concernant l’impact macro sur l’économie du Québec de son intégration au monde extérieur. Dans une économie complètement fermée sur l’extérieur ou autarcique, la quantité des facteurs de production, capital et travail, est fixe et leurs prix varient en fonction des conditions intérieures. Pour une économie ouverte ou intégrée au monde extérieur, c’est le contraire : les prix sont déterminés de l’extérieur et ce sont maintenant les quantités de facteurs qui varient vu leur mobilité. Pour les économistes, ce modèle est celui de la « petite économie ».

PRO-CROISSANCE VS PRO-DÉCROISSANCE

  Prenez un enfant en bas âge et présentez-lui une pomme verte en lui disant que cette pomme est jaune et que c’est la seule pomme qui est bonne pour la santé. Répétez-lui cette « vérité » jusqu’à ce qu’il l’accepte et, toute sa vie, il croira que les pommes vertes sont jaunes et que les autres pommes ne sont pas bonnes pour la santé. Je crois que c’est un peu ce qu’on a fait avec plusieurs cohortes de jeunes économistes. On leur a répété que la croissance était bonne et nécessaire pour assurer le bien-être des populations.

QUELLE STAGNATION AU JUSTE ?

Dans deux précédents billets, j’ai fait référence à l’hypothèse d’une stagnation de longue durée qui pourrait être attribuable, entre autres facteurs, à l’absence de nouvelles innovations susceptibles d’améliorer la productivité. Le présent billet aborde une question connexe, à savoir si une croissance faible du PIB indique bel et bien que l’économie est stagnante et que le bien-être de la population plafonne. Différents indices suggèrent que de telles corrélations ne tiennent pas forcément.

LA DIFFICULTÉ DE DONNER DU 110%

Un billet précédent soulevait l’hypothèse que l’économie mondiale soit aux prises avec le retour de la stagnation séculaire et ce, parce que la croissance démographique a ralenti et que de nouvelles percées technologiques majeures tardent à se manifester. D’autres explications sont aussi possibles et des nuances doivent être apportées quant aux conséquences de cette stagnation éventuelle. Ainsi, la difficulté des économies développés de renouer avec des taux de croissance de 2% ou plus n’est peut-être au fond qu’une manifestation d’une loi trop souvent oubliée de la science économique, celle des rendements décroissants. Cette loi stipule que, passé un certain stade, les efforts dans une activité ou un secteur donné deviennent de moins en moins productifs.

LE SPECTRE DE LA STAGNATION SÉCULAIRE

Depuis la crise financière de 2008, les gouvernements et les banques centrales ont cherché à redonner aux économies nationales et à l’économie mondiale les rythmes de croissance qu’elles avaient auparavant. Ils ont eu recours à des politiques monétaires très accommodantes qui ont amené certains observateurs à parler de distribution d’argent par hélicoptère, une image évoquée par Milton Friedman dans les années 1960. Ils ont aussi mis en œuvre des politiques budgétaires allant de l’austérité à la prodigalité. Ces tentatives n’ont produit que des résultats décevants jusqu’à maintenant. La croissance demeure poussive un peu partout et certains pays craignent une dynamique déflationniste qui ne ferait qu’empirer les choses. Plusieurs indicateurs témoignent de ce manque de tonus de l’économie mondiale. Ainsi, la figure 1 montre bien que tant les échanges que les investissements mondiaux n’ont toujours pas repris leur rythme de croissance d’avant 2008. Au contraire, ils semblent s’installer dans une léthargie durable.

POUR UN NOUVEAU PARTAGE DE LA RICHESSE COLLECTIVE

La montée en flèche du mouvement « Occupy » contre le 1% en 2011, le printemps érable de 2012, les nombreux travaux concernant les paradis fiscaux chez les membres de l’OCDE, l’intégration ardue des marginaux et des jeunes qui remet en cause le modèle social-démocrate européen. Tous ces événements sont des signes incontestables de la forte émotivité générée par les enjeux entourant la répartition des revenus dans notre société. Quelle lecture peut-on faire de la position du Québec dans ce contexte ?