UNE VIEILLE SAGESSE ÉCONOMIQUE QUI INTERPELLE TOUJOURS

Dans son dernier livre, Paul Collier estime que le capitalisme actuel est une faillite morale et qu’il ne peut être sauvé que par sa refondation sur l’éthique. Collier n’est pas le seul économiste à s’être interrogé sur les écarts entre le libre marché et les principes éthiques nécessaires à la vie en société. Puisque la science économique a pour objet la production et la distribution de la richesse, elle doit forcément s’intéresser aux comportements des individus, des entreprises et des gouvernements et, pour cette raison, elle peut difficilement éviter de se prononcer sur des questions que l’on peut assimiler à la morale ou à l’éthique. D’ailleurs, de son vivant, Adam Smith était davantage connu pour son ouvrage intitulé La Théorie des sentiments moraux (1759) que pour celui qui l’a rendu célèbre, La Richesse des nations (1776). Pour Tomas Sedlacek, un économiste tchèque contemporain, la réflexion sur les moyens et les fins de l’économie a commencé bien avant la publication de...Read More >

BUDGETS QUÉBÉCOIS ET FÉDÉRAL: UNE MODESTE RÉDUCTION DES INÉGALITÉS À PRÉVOIR

Selon un sondage Léger/Institut du Nouveau Monde mené en 2014, 56 % des répondants jugent que les réformes gouvernementales devraient avoir comme critère de ne pas augmenter les inégalités de revenus, alors que seulement 25 % s’y opposent. Dans la même veine, 73 % des répondants considèrent que lorsque les gouvernements mettent en place, modifient ou abolissent des programmes sociaux ou des services publics, ils devraient publier des études d’impact quant à leurs effets possibles sur les inégalités de revenus. 

LE 1% LE PLUS RICHE : L’EXCEPTION QUÉBÉCOISE

À la suite de l’électrochoc que fut la Grande récession de 2008-2009, les inégalités économiques et sociales occupent désormais une place importante dans les médias et le discours public, dont le récent scandale sur la rémunération des dirigeants de Bombardier n’en est que le plus récent exemple. Nous savons que la croissance économique des dernières décennies a davantage profité au fameux 1 % le plus riche, mais est-ce que ce fut partout pareil? Et qu’en est-il pour le Québec?

FAUT-IL PRIORISER LES INÉGALITÉS OU LA PAUVRETÉ?

Certains confondent la réduction des inégalités et la réduction de la pauvreté. Au Québec, où une loi sur l’élimination de la pauvreté a été adoptée à l’unanimité en 2002 par l’Assemblée nationale, la réduction de la pauvreté est censée être une priorité. Pourtant, malgré d’importants efforts, la pauvreté existe toujours : près d’un ménage québécois sur dix se situe sous le taux de faibles revenus – moins de 50 % du revenu médian[i]. Parmi les familles monoparentales, cette proportion grimpe à un ménage sur quatre.

LA DIFFICULTÉ DE DONNER DU 110%

Un billet précédent soulevait l’hypothèse que l’économie mondiale soit aux prises avec le retour de la stagnation séculaire et ce, parce que la croissance démographique a ralenti et que de nouvelles percées technologiques majeures tardent à se manifester. D’autres explications sont aussi possibles et des nuances doivent être apportées quant aux conséquences de cette stagnation éventuelle. Ainsi, la difficulté des économies développés de renouer avec des taux de croissance de 2% ou plus n’est peut-être au fond qu’une manifestation d’une loi trop souvent oubliée de la science économique, celle des rendements décroissants. Cette loi stipule que, passé un certain stade, les efforts dans une activité ou un secteur donné deviennent de moins en moins productifs.

MOINS D’INÉGALITÉS = 10 MILLIARDS $ DE PLUS POUR LE 99 %

Cela fait 30 ans que les inégalités de revenus de marché augmentent au Québec, par poussées épisodiques. Comme une part de plus en plus importante de la croissance économique s’est concentrée au sommet, le fameux 1 % le plus riche a été le grand gagnant en termes de croissance des revenus : de 1982 à 2012, la part captée par le 1% le plus riche (avant impôts et transferts) est passée de 7 % à 12 % de tous les revenus empochés par les Québécois. Nous allons voir que cette concentration de richesse a coûté cher au reste de la population. 

LE PUZZLE DE LA PRODUCTIVITÉ

Les économistes sont confrontés à un dilemme depuis quelques années. Ils se demandent comment il se fait que la croissance de la productivité ait été si faible dans les pays avancés, comme les États-Unis, ceux d’Europe et le Japon depuis la grande récession de 2008-09, alors qu’on a vu apparaître un nombre incroyable d’innovations. Ce problème a été nommé ‘the productivity puzzle’.

POURQUOI IL FAUT TAXER DAVANTAGE LES RICHES

Dans une nouvelle étude sur les causes et les conséquences des inégalités, cinq économistes du Fonds monétaire international (FMI) concluent que plus les riches sont riches, plus la croissance économique sera faible, voire même légèrement négative à moyen terme. La croissance économique serait plutôt stimulée et soutenue par l’enrichissement des moins nantis et de la classe moyenne. Ces chercheurs du FMI soutiennent que l’impôt peut et doit faire partie des solutions pour réduire les inégalités : Le rôle redistributif des politiques fiscales pourrait être renforcé par un recours accru à l’impôt sur la fortune et sur les impôts fonciers, par un impôt sur le revenu plus progressif, et par la suppression des échappatoires permettant l’évasion fiscale (p. 30, traduction libre). Est-ce réaliste et souhaitable?

POUR UN NOUVEAU PARTAGE DE LA RICHESSE COLLECTIVE

La montée en flèche du mouvement « Occupy » contre le 1% en 2011, le printemps érable de 2012, les nombreux travaux concernant les paradis fiscaux chez les membres de l’OCDE, l’intégration ardue des marginaux et des jeunes qui remet en cause le modèle social-démocrate européen. Tous ces événements sont des signes incontestables de la forte émotivité générée par les enjeux entourant la répartition des revenus dans notre société. Quelle lecture peut-on faire de la position du Québec dans ce contexte ?

CRÉER ET DISTRIBUER LA RICHESSE : UN ENJEU À ABORDER

La création et la redistribution de la richesse constitue un des plus grands enjeux actuels. Face à une croissance qui se fait attendre pendant que l’écart s’agrandit entre riches et pauvres dans plusieurs sociétés, la situation demande qu’on s’y arrête.     L’Association des économistes québécois explorera l’état de la situation et les orientations à adopter lors de son prochain  congrès annuel qui se tiendra à Québec les 18 et 19 mai 2016.