LA PROPAGATION DES OPINIONS ET LEUR INFLUENCE SUR LES COMPORTEMENTS ÉCONOMIQUES

Robert J. Shiller examine dans «Narrative Economics»*  comment les perceptions et les croyances populaires se répandent, deviennent contagieuses et en viennent à influencer les choix économiques des citoyens ainsi que, ultimement, les décisions des gens d’affaires quant à l’embauche de travailleurs et à leurs investissements.

UNE VIEILLE SAGESSE ÉCONOMIQUE QUI INTERPELLE TOUJOURS

Dans son dernier livre, Paul Collier estime que le capitalisme actuel est une faillite morale et qu’il ne peut être sauvé que par sa refondation sur l’éthique. Collier n’est pas le seul économiste à s’être interrogé sur les écarts entre le libre marché et les principes éthiques nécessaires à la vie en société. Puisque la science économique a pour objet la production et la distribution de la richesse, elle doit forcément s’intéresser aux comportements des individus, des entreprises et des gouvernements et, pour cette raison, elle peut difficilement éviter de se prononcer sur des questions que l’on peut assimiler à la morale ou à l’éthique. D’ailleurs, de son vivant, Adam Smith était davantage connu pour son ouvrage intitulé La Théorie des sentiments moraux (1759) que pour celui qui l’a rendu célèbre, La Richesse des nations (1776). Pour Tomas Sedlacek, un économiste tchèque contemporain, la réflexion sur les moyens et les fins de l’économie a commencé bien avant la publication de...Read More >

HAROLD DEMSETZ, PIONNIER DE LA NOUVELLE ÉCONOMIE INSTITUTIONNELLE

Au début de janvier est décédé Harold Demsetz qui fut un pionnier de la nouvelle économie institutionnelle. Il a laissé d’importantes contributions sans avoir recours au langage mathématique. Je réfèrerai dans ce billet à deux de ses textes de la fin des années soixante : le premier s’intéresse à la région de Québec et le second s’applique à mon compte rendu du livre de Jean Tirole, Économie du bien commun. La région de Québec et l’émergence des droits de propriété Il est extrêmement rare qu’une référence à la région de Québec et au nord de celle-ci se retrouve dans un article de l’American Economic Review. C’est pourtant le cas du texte Demsetz, Toward a Theory of Property Rights. Il s’appuie sur une recherche anthropologique d’Eleanor Leacock, The Montagnais “Hunting Territory“ and the Fur Trade. La « thèse » que développe Demsetz est la suivante :  » les droits de propriété se développent pour internaliser les externalités lorsque les gains de l’internalisation deviennent plus importants...Read More >

LES LIMITES DE NOS CONNAISSANCES

À l’âge avancé, je risque de tomber dans le travers décrit en 1528 par Baldassare Castiglione dans Le livre du courtisan : J’ai souvent considéré, non sans grand étonnement, d’où procède une erreur que l’on peut croire être propre et naturelle aux personnes âgées, parce qu’elle se voit communément chez celles-ci : c’est que presque toutes louent le temps passé et blâment le présent, en méprisant nos actions et manières de faire, et tout ce qu’elles ne faisaient pas dans leur jeunesse. Elles affirment aussi que toute bonne coutume et toute bonne manière de vivre, toute vertu, et en somme toute chose, vont toujours de mal en pis. (Castiglione, [1528], 1991 : 105) Il s’agit ici de mettre l’accent sur une sérieuse lacune présente chez bien des personnes, soit la prétention de connaître, malgré les importantes limites de leurs connaissances.

L’ÉCONOMIQUE DE LA GRATUITÉ

Durant ma carrière de professeur, je me suis souvent interrogé sur l’absence de cours sur l’économique de la gratuité. Au premier abord, la réponse est simple : cela va à l’encontre de l’enseignement fondamental de la science économique qui se résume dans l’expression There is no such thing as a free lunch (Un repas gratuit, ça n’existe pas ou Rien n’est gratuit). Toutefois, dans maintes situations, le décideur se retrouve comme devant un buffet au restaurant avec l’absence de relation entre la quantité choisie et le prix à payer. C’est la gratuité monétaire d’une unité supplémentaire. L’allocation des ressources ne se fait pas par des prix explicites mais par d’autres moyens, plus ou moins cachés. Le cours proposé devrait s’appeler la théorie des « non-prix » ou, préférablement, la théorie de la gratuité monétaire. Pourquoi n’existe-t-il pas, si ce n’est, en partie, dans l’enseignement relatif aux finances publiques et aux choix collectifs ?

LES ÉCONOMISTES ET LA DÉCROISSANCE

Peu d’économistes prônent la décroissance économique. Mais qu’est-ce que cette théorie de la décroissance ? D’où vient-elle ? J’ai souvent l’impression que c’est un sujet à éviter. Être un économiste de la décroissance, c’est mal vu. Augmenter la production pour favoriser la croissance et ainsi augmenter le niveau de vie, c’est ce qu’on nous a appris à l’université après tout.

LES DIFFICULTÉS DE LA VULGARISATION EN ÉCONOMIE

Le traitement des aspects économiques des évènements dans différents médias me laisse généralement insatisfait. On y trouve une bonne dose de superficialité. Toutefois, je dois accepter les effets du coût croissant de la qualité et aussi d’une plus grande spécialisation des connaissances. Essayons d’analyser trois facteurs qui expliquent, au moins partiellement, cette impression de superficialité. Il ne s’agit pas ici d’être exhaustif, mais de tenter de comprendre. Les deux premiers sont en bonne partie extérieurs aux communicateurs : la précision des données économiques et la valeur des paramètres estimés dans les études empiriques. Le dernier facteur vise les communicateurs concernant leur faiblesse de discerner l’importance relative des différents aspects d’un phénomène, ce qui demande une capacité analytique.

BIEN COMPRENDRE AU LIEU DE JUGER

« Le mieux est l’ennemi du bien » Voltaire, La Bégueule, 1772 La retraite donne à chacun l’occasion de réfléchir sur différents aspects, positifs ou négatifs, du déroulement d’une carrière. Le changement de statut permet de se distancer partiellement de son passé ; il rend la personne plus objective vis-à-vis la pertinence de ses actions. Dans mon cas, j’ai souvent pris un rôle que je pourrais qualifier de chef de l’opposition, dénonçant les défaillances des décisions. Même si ce rôle peut être utile, il est bon de réaliser qu’il n’exige pas beaucoup d’acuité.

LES FEMMES ÉCONOMISTES, UNE RESSOURCE RARE !

Je pense que nous sommes entrés dans une ère nouvelle et que nous reconnaissons que les femmes ont la capacité de produire d’excellents travaux scientifiques. Je pense que c’est un honneur d’être la première femme, mais je ne serai pas la dernière. – Elinor Ostrom, Prix Nobel de science économique de 2009 De 1990 à 2015, la proportion de femmes détenant un grade universitaire a augmenté davantage que celle des hommes. La proportion de femmes détenant un grade universitaire est passée de 14 % à 35 % alors que celle des hommes est passée de 17 % à 29 %. Si les femmes sont en proportion quasi identiques aux hommes dans les programmes d’études supérieures, on constate que le choix du domaine d’étude est encore très stéréotypé. Parmi les diplômées universitaires de 25 à 34 ans, au moins 1 femme sur 5 est soit enseignante au primaire ou au secondaire, soit infirmière. C’était vrai en 1991, 2006, 2011, et encore aujourd’hui[1] ! Dans ce billet,...Read More >

LA SCIENCE ÉCONOMIQUE EST-ELLE EN CRISE ?

Il est difficile pour moi de nier l’existence d’un certain malaise vis-à-vis cette science qui me passionne. Dans ce billet, j’aimerais mettre en évidence certains propos qui me paraissent annoncer une éventuelle rupture dans un courant qui domine la science économique. Est-ce que c’est la crise financière qui a créé la crise de la science économique ou plutôt la crise de la science économique qui a causé la crise financière de 2008? Selon, André Orléan, économiste français, la crise financière de 2008 s’est muée en une crise de la science économique non seulement parce que les économistes n’ont pas su anticiper la possibilité d’une telle crise, mais aussi, et surtout, parce que l’idée même d’une défaillance systémique de grande ampleur avait disparu de la réflexion (Orléan, 2011).