BÉNÉFICES ET COÛTS DE L’ÉDUCATION AU QUÉBEC ET AILLEURS : COMMENT TRAITER LES FRAIS DE SCOLARITÉ?

Introduction

Notre analyse d’études récentes de la rentabilité privée et publique de l’enseignement post secondaire dans nombre de pays nous porte à conclure qu’il est indiqué d’établir le niveau des frais de scolarité au Québec à un niveau plus bas que celui des provinces voisines et de mettre en place un système de remboursement proportionnel des prêts aux étudiants. Cette conclusion est fondée sur la rentabilité des études et sur les écarts significatifs de la rentabilité selon le domaine. Elle tient compte du fait que les coûts directs (dont les frais de scolarité) d’obtention des diplômes universitaires sont plus élevés au Québec, au Canada, en Australie, au Japon, en Corée et aux États-Unis  qu’ils ne le sont en moyenne dans les pays de l’OCDE.  

Quelques données

Aux États-Unis, la part du privé dans le financement post secondaire se situe dans les  70% et les frais de scolarité représentent 40% du total.  Alors que 45% des étudiants empruntaient pour terminer leurs études de baccalauréat en 1993, ce pourcentage atteint présentement 94% pour les étudiants les plus lourdement endettés.   Les Démocrates ont réussi à faire stopper une augmentation des taux d’intérêt à payer sur ces emprunts, augmentation qu’acceptaient  les Républicains. Pas un modèle à suivre pour nous !

Le ralentissement global des économies présentement observé affecte les coûts et bénéfices privés et publics de l’éducation et leur rentabilité,  entre autre à cause du chômage accru des diplômés universitaires même si leur taux de chômage augmente moins que celui des moins scolarisés. Il faut garder cette réalité à l’esprit en prenant connaissance des données qui suivent provenant d’une étude de l’OCDE[i].

Rendements privés

En moyenne, en 2007,  pour les 25 pays de l’OCDE  la valeur  privée découlant de l’obtention d’un diplôme post secondaire versus un  diplôme ‘’ upper secondary ‘’,  serait de 175,000$ pour les étudiants  et de 110,000 $ pour les étudiantes [ii]Cette valeur  privée des diplômes universitaires serait plus élevée en Italie, en Corée, au Portugal et aux États-Unis soit de 300,000$ pour les étudiants et de 150,000$ pour les étudiantes.

L’étude indique qu’en moyenne les pays de l’OCDE investissent plus de 30,000$ $ U.S. en fonds publics par étudiant post secondaire (prèts, subventions, coûts directs de l’éducation, absence de perceptions d’impôts et contributions sociales durant les études).

Rendements publics

 Pour les 25 pays de l’OCDE, le rendement net public d’un diplôme est  en moyenne  de 91,000 $ U.S. pour les hommes et de 55,000$ U.S. pour les femmes d’où une indication qu’il faut poursuivre les investissements publics en éducation. Ces  rendements sont particulièrement élevés en Belgique, en Allemagne, en Hongrie en Slovénie et aux États-Unis  pays où ils dépassent 150,000$ U.S. par étudiant.

Au Québec

Selon Vaillancourt et Ebrahimi, au Québec, en 2005,  le rendement privé serait plus élevé pour le baccalauréat que pour la maitrise et plus élevé pour le doctorat que pour la maitrise. Le rendement privé le plus élevé est obtenu pour des études en médecine[iii].

Plus précisément,  les taux de rendement privés pour l’obtention d’un baccalauréat par rapport au diplôme secondaire était de 15,7% pour les étudiants et de 20,1% pour les étudiantes;  ceux pour l’obtention d’une maîtrise vs un baccalauréat  de  5,9% et 7,4%; et ceux pour l’obtention d’un doctorat vs une maitrise de 11,1% vs 20,3%.  En médecine vs un baccalauréat en sciences de la santé,  le taux de rendement est de 30,2% pour les étudiants et de 31,5% pour les étudiantes[iv]. Compte tenu de ces différences, il apparaît logique de proposer que les étudiants dans les domaines plus rentables remboursent leurs prêts à un rythme plus rapide que ceux dont la rentabilité est plus basse.

Les taux de rendement privés indiqués tiennent compte des impôts plus élevés payés par les détenteurs de diplômes. On peut donc estimer que pour le Québec le taux de rendement avant impôt est d’environ 30% plus élevé que les taux indiqués.

Ces résultats indiquent qu’en 2005, l’obtention d’un baccalauréat  vs un diplôme d’études secondaire augmentait les revenus durant la vie active de 628,000$ pour un étudiant et de 570,000$ pour une étudiante (à un taux d’escompte de 3% il s’agit d’une valeur présente de 410,000$ pour les étudiants et de 360,000$ pour les étudiantes). Proposer la gratuité scolaire dans de telles circonstances ne nous apparait pas une proposition socialement acceptable. Toute proposition de ne pas augmenter les frais de scolarité devrait être accompagnée d’une identification de ceux qui auront à payer, des impôts qui devraient être majorés et des dépenses publiques qui devraient être coupées.

Vaillancourt et Ebrahimi conviennent que l’estimation des coûts publics dont les  subventions aux universités  et ceux du rendement social  sont difficiles à estimer [v] . Leur estimé des rendements publics au Québec pour le baccalauréat  vs les études collégiales étaient de 11,8% pour les hommes et de 12,9% pour les femmes. Ces rendements étaient de 2,4% et de 2,9% pour la maitrise, et de 2,6% et 1,2% pour le doctorat. Les taux seraient de 12,3% et 8,9% pour les diplômes de médecine.

Les taux de rendement privés étant supérieurs aux taux de rendement publics, soit 15,7% vs 11,8% pour les étudiants masculins, il apparaît indiqué d’augmenter les contributions privées dont les frais de scolarité.

Vaillancourt et Ebrahimi estiment aussi que l’augmentation des frais de scolarité de 1900$  à 4881$ (le niveau ontarien) n’affecterait que de façon marginale les taux de rendements estimés.

Conclusions

Ces données soulignent toute l’importance de l’éducation comme source d’enrichissement individuel et collectif au Québec.

Le financement du système d’éducation, entre autre par les frais de scolarité, varie beaucoup d’un pays à l’autre (on n’a qu’à comparer la situation américaine avec celle de la Finlande, de la Belgique de la Norvège et du Danemark) et représente un choix collectif. Il nous semble cependant indiqué que le choix du Québec diffère de celui de l’Ontario et des États-Unis en donnant lieu à un régime de financement où les frais de scolarité sont moins élevés, notamment pour favoriser le rattrapage des économies avec lesquelles le Québec est en concurrence. La mobilité grandissante des étudiants, le développement de cours offerts par voie électronique, l’importance de l’innovation, et les taux de rendement mentionnés plus haut motivent cependant le maintien de frais de scolarité, d’une part,  et l’amélioration du financement de nos institutions d’enseignement et de recherche post secondaire, d’autre part.

La présence des représentants des étudiants est souhaitable lors de la reprise des discussions sur ces questions. Il faudrait cependant s’assurer de faire participer un éventail élargi d’intervenants, les échanges devant déborder la  seule question des frais de scolarité.


[i] Alexandre Roberge, Faire payer les études supérieures aux utilisateurs finaux : un choix de société,  Thot Cursus, 5 juin 2012, http://bit.ly/NeyoCz

[ii] OCDE, Education Indicators, Focus, 2012/06 (juin) Côté bénéfices,  la valeur présente nette  représente l’augmentation des revenus durant la vie active d’un diplômé ayant un diplôme post secondaire par rapport à ceux   n’ayant complété que les études secondaires.  Le modèle de l’OCDE tient compte de l’incidence moindre du chômage pour les diplômés du postsecondaire par rapport à ceux du secondaire, et des subventions que les étudiants ont reçu durant leurs études. Côté coûts directs il ya a les frais et autres dépenses directes, les revenus non gagnés durant les études, et l’augmentation des impôts, transferts et autres contributions sociales que les diplômés versent à leurs gouvernements. Le lecteur désirant plus de détails sur le modèle retrouvera les coordonnées des auteurs de l’étude dans OCDE, Education Indicators, op.cit.

[iii] Le rendement privé et social de l’éducation universitaire au Québec selon le Recensement de 2006, Cirano, novembre 2010. Le lecteur intéressé à examiner le rendement de l’éducation par domaine d’études pourra consulter, entre autres sources : ‘’The value of education: Returns to Education by Occupational Class and Age , Martin Institute, 2012.

[iv] Il s’agit de la valeur actualisée du différentiel de salaire net d’impôts rapporté au coût des études de niveau supérieur. On ne tient pas compte des contributions des employeurs aux fonds de pension des employés, ni des gains non monétaires qui découlent de l’éducation.

[v] On sait que la santé physique est reliée positivement à l’éducation comme l’est l’alimentation d’où une sous-estimation de la rentabilité publique de l’éducation.