LES RETRAITÉS SONT-ILS À PLAINDRE?

La situation relative des retraités alimentera l’actualité pour encore un bon bout de temps. Malheureusement, l’approche économique du cycle de vie, où les retraités consomment leur capital, sert très peu de référence dans les discussions.

Une étude récente adopte cette approche, mais a reçu peu ou pas de publicité dans les médias. À la fin novembre, Statistique Canada a publié une intéressante recherche qui tient compte de la valeur des actifs en les traduisant en rente viagère. (John R. Baldwin, Marc Frenette, Amélie Lafrance et Patrizio Piraino,  novembre 2011. Revenu adéquat à la retraite : prise en compte de la valeur de la richesse convertie en rente au Canada, Ottawa : Statistique Canada; disponible à l’adresse suivante : http://www.statcan.gc.ca/pub/11f0027m/11f0027m2011074-fra.pdf

Voici un long extrait du Sommaire de l’étude :

Une troisième mesure, appelée la mesure du « revenu potentiel », vise à remédier aux lacunes que présentent le revenu et la consommation comme indicateurs du bien-être financier. Le revenu potentiel est la somme du revenu réalisé et du revenu potentiel qui pourrait être réalisé à partir d’actifs possédés comme les fonds communs de placement et le logement. On pourrait s’attendre à ce que les ménages se préparent à la retraite en faisant des épargnes et des emprunts et en investissant les produits. Les actifs accumulés au cours de la vie peuvent être ou ne pas être retirés plus tard. S’ils ne le sont pas, tant les flux de revenu que les flux de consommation sous-estiment le « revenu potentiel » dont disposent les ménages à la retraite. Dans la présente étude, nous nous appuyons sur les données de l’Enquête sur la sécurité financière de 1999 pour prendre en compte ce revenu potentiel lorsque nous comparons la situation financière des ménages canadiens avant et après la retraite.

À cette fin, nous calculons la valeur des actifs immobiliers et non immobiliers des ménages convertie en rente et nous l’ajoutons aux flux de revenu réel des ménages à l’âge de la retraite (ayant à leur tête une personne de 65 ans ou plus). Nous comparons ensuite le résultat au revenu des ménages ayant à leur tête des adultes plus jeunes pour déterminer si l’ajout du « revenu potentiel » modifie la situation financière relative des ménages canadiens. Nous apportons des corrections pour la taille du ménage à différentes étapes du cycle de vie. Les comparaisons sont présentées sur une base avant impôt et après impôt.

L’inclusion de la valeur de la richesse nette convertie en rente a pour effet de relever de façon marquée le niveau de bien-être financier des ménages à l’âge de la retraite par rapport à ceux en âge de travailler. La plus grande partie de cette augmentation  étant attribuable à la richesse immobilière. Le revenu moyen avant impôt par adulte dans les ménages ayant à leur tête une personne âgée de 65  à 74 ans représente 74 % de celui des ménages ayant à leur tête une personne de 45 à 64 ans. Lorsqu’on prend en compte la richesse non immobilière, ce ratio passe à 82 % et lorsque la richesse immobilière est incluse, il passe à 88 %.

Une amélioration encore plus importante de la position relative des ménages à l’âge de la retraite ressort des calculs fondés sur le revenu après impôt par rapport à ceux fondés sur le revenu avant impôt. Le revenu moyen avant impôt par adulte dans les ménages ayant à leur tête une personne de 65 à 74 ans correspond à 79 % de celui des ménages ayant à leur tête une personne de 45 à 64 ans. Lorsque la richesse non immobilière est prise en compte, ce taux passe à 95 % et lorsque la richesse immobilière est incluse, il passe à 105 %.

Ces corrections de la richesse ont également pour effet de rapprocher les répartitions de revenu des ménages à l’âge de la retraite de celles du revenu des ménages en âge de travailler. (p. 6-7)