LE PRIX MONDIAL DU PÉTROLE ET L’INDUSTRIE PÉTROLIÈRE QUÉBÉCOISE

            Le refus du président Obama d’autoriser l’oléoduc Keystone XL qui transporterait un million de barils de pétrole par jour de l’Alberta au Golfe du Mexique  accentue l’intérêt pour le projet Énergie-est qui lui vise à acheminer quotidiennement  un peu plus de un million de barils de la province albertaine jusqu’à Saint John au Nouveau Brunswick. Le fondement économique de tous les projets  d’oléoducs  ayant l’Alberta comme point de départ est l’écart des prix du pétrole entre cette région et celui à l’échelle mondiale. Cet écart est présentement de l’ordre de 10.00$/baril pour un prix de 60.00$. Le prix mondial du pétrole continue d’être une variable-clé influençant le développement des infrastructures reliées à l’industrie pétrolière au Québec. Ce texte vise à rappeler les principales manifestations de cette relation depuis la seconde guerre mondiale.

DÉRÉGLEMENTATION : FAUT-IL COMPENSER LES PERDANTS ?

Au cours du premier lustre des années soixante-dix, dans le cadre des travaux du Groupe de travail sur l’urbanisation, j’ai participé à une rencontre avec le ministre ontarien du Trésor, de l’Économie et des Affaires intergouvernementales, John White. Il formula une idée dont je me souviens encore aujourd’hui : toute proposition de changement législatif devrait imputer dès le départ un coût puisqu’une modification aux règles du jeu occasionne une perte pour plusieurs qui ont pris de bonne foi des décisions sous les règles existantes. Deux facteurs favorisaient l’énonciation de cette idée par ce ministre : son allégeance au parti conservateur et sa formation de maîtrise en économique à l’Université Western Ontario. Une importante question est ici soulevée : lors d’une déréglementation, devrait-on dédommager les groupes qui sont pénalisés ?

TECHNOLOGIE OU INSTITUTIONS ?

La ‘grande contraction ‘, le vieillissement de la population et l’endettement des gouvernements alimentent un pessimisme ambiant. L’économiste Robert Gordon en témoigne : « … indépendamment de l’évolution cyclique, la croissance économique à long terme peut s’arrêter progressivement. Deux siècles et demi de l’augmentation des revenus par habitant pourraient bien se révéler être un épisode unique dans l’histoire humaine… L’accent est mis sur la croissance du PIB réel par habitant dans le pays à la frontière depuis 1300, au Royaume-Uni jusqu’en 1906 et aux États-Unis par la suite. La croissance de l’économie de la frontière s’est accélérée progressivement après 1750, a atteint un sommet au milieu du 20ème siècle, et a été ralentie depuis. » (Gordon, 2012) L’origine de cette évolution proviendrait d’un ralentissement actuel et futur de l’innovation. C’est toutefois un domaine où peu d’économistes possèdent un avantage comparatif. La citation de Gordon soulève deux questions. Premièrement, le ralentissement à long terme de la croissance existe-t-il vraiment ? Deuxièmement, si...Read More >

RESSOURCES NATURELLES : Y EN AURA PAS DE FACILE

Depuis longtemps, les milieux d’affaires, les chercheurs et les communautés régionales font état de la riche dotation du Québec en énergie et en ressources diverses et demandent aux gouvernements la mise en œuvre des politiques permettant de tirer le maximum de bénéfices de cette richesse. Ces points de vue ont été réitérés de façon convaincante par plusieurs conférenciers lors du congrès que l’Association des économistes québécois tenait les 22, 23 et 24 mai dernier sur le thème « Nos ressources naturelles, notre économie, notre avenir ». Cependant, certains conférenciers ont plutôt mis l’accent sur les dangers et les incertitudes découlant d’une trop grande dépendance envers les ressources.

RESSOURCES NATURELLES : FAIRE UNE OMELETTE SANS CASSER DES OEUFS

L’extraction et le raffinage des ressources font appel à des procédés techniques intensifs qui ne passent pas inaperçus. Tout comme il n’est pas possible de faire une omelette sans casser des oeufs, ces activités ont nécessairement un impact sur les populations et sur l’environnement même quand elles sont conduites selon les règles de l’art. L’exploitation des ressources naturelles pose aussi la question de la protection des intérêts des générations futures. Leur laissera-t-on un capital naturel suffisant pour avoir un niveau et une qualité de vie au moins équivalents à ceux d’aujourd’hui? En d’autres termes, le développement économique effectué à partir des ressources naturelles peut-il être un développement durable?

L’INCIDENCE À LA POMPE DE L’ÉCART WTI/BRENT

Jusqu’en 2010, lorsque l’on évoquait le prix du pétrole brut, on se souciait peu de l’écart entre le prix du WTI et celui du BRENT [1]. La divergence entre les deux pouvait être qualifiée de négligeable : 1,39$ d’écart en moyenne de 1987 à 2010, à la faveur du WTI (étant donné sa qualité légèrement supérieure).

RESSOURCES NATURELLES: LA POULE AUX OEUFS D’OR

Il y a une mentalité de rentier qui sommeille en chacun et qui aimerait que la prospérité vienne et dure du simple fait de la dotation naturelle. D’où ce déchainement de passions au Québec au sujet des avantages économiques obtenus de l’exploitation des ressources naturelles.  Depuis longtemps, une large fraction de l’opinion publique se plait à croire que,  s’ils étaient moins timorés, les gouvernants imposeraient des redevances et des transformations accrues aux sociétés, souvent d’origine étrangère, qui extraient des ressources des forêts ou du sous-sol québécois. Ce souhait est compréhensible et légitime. Est-il pour autant fondé et réaliste?

RESSOURCES NATURELLES: TRANSFORMER LA CITROUILLE EN CARROSSE

Il est fréquent d’entendre les partis politiques s’engager à transformer davantage les ressources en produits semi-finis et finis plutôt que de les exporter à l’état brut. Ces engagements répondent aux vœux exprimés par les communautés régionales désireuses de profiter de nouveaux emplois et d’une économie plus diversifiée. Comme dans Cendrillon, on aimerait bien que la citrouille soit transformée en carrosse doré. De fait, le Québec a obtenu de grands succès dans la transformation de certaines ressources. Pour d’autres, les résultats ont été décevants.

LES RESSOURCES NATURELLES: UN BIEN OU UN MAL?

Les manuels d’économie distinguent quatre facteurs de production soit le sol, la main-d’œuvre, l’entreprise et le capital. Par capital, on comprend spontanément les ressources financières, les infrastructures, la machinerie et l’outillage, mais le capital inclut aussi le capital naturel. Ce dernier est constitué d’une panoplie diversifiée comprenant notamment la forêt, l’eau, la faune  terrestre et aquatique de même que les hydrocarbures et les minéraux. On peut même sans trop exagérer y ajouter le soleil et le vent, voire la beauté des paysages et la température. Bref, tout ce que la nature offre et qui peut être transformé en biens et services par le travail et l’esprit d’entreprise constitue un capital  pouvant servir au développement économique.

SCIEURS DE BOIS ET PORTEURS D’EAU?

Durant les «trente glorieuses» qui ont suivi la Deuxième guerre mondiale, il se trouvait plus d’un économiste, d’un éditorialiste ou d’un politicien pour déplorer que l’économie du Québec, comme celle de l’ensemble du Canada, soit trop concentrée dans le secteur primaire. Cette dépendance envers les ressources naturelles était vue comme un indice de retard économique et une source de grande vulnérabilité envers les marchés étrangers et les cycles économiques.  Dans une chanson, Félix Leclerc référait aux Québécois comme étant «scieurs de bois et porteurs d’eau».