UNE VIEILLE SAGESSE ÉCONOMIQUE QUI INTERPELLE TOUJOURS

Dans son dernier livre, Paul Collier estime que le capitalisme actuel est une faillite morale et qu’il ne peut être sauvé que par sa refondation sur l’éthique. Collier n’est pas le seul économiste à s’être interrogé sur les écarts entre le libre marché et les principes éthiques nécessaires à la vie en société. Puisque la science économique a pour objet la production et la distribution de la richesse, elle doit forcément s’intéresser aux comportements des individus, des entreprises et des gouvernements et, pour cette raison, elle peut difficilement éviter de se prononcer sur des questions que l’on peut assimiler à la morale ou à l’éthique. D’ailleurs, de son vivant, Adam Smith était davantage connu pour son ouvrage intitulé La Théorie des sentiments moraux (1759) que pour celui qui l’a rendu célèbre, La Richesse des nations (1776). Pour Tomas Sedlacek, un économiste tchèque contemporain, la réflexion sur les moyens et les fins de l’économie a commencé bien avant la publication de...Read More >

LES RICHES MÉRITENT-ILS D’ÊTRE RICHES ?

La crise économique et financière de 2008 a propulsé les énormes écarts de revenus à l’avant-scène politique et médiatique aux États-Unis, en partie à cause d’Occupy Wall Street. Ce mouvement social spontané est apparu en réaction à la croissance impressionnante de la part des revenus captée par les 1 % les plus riches. Cette part est passée de 9 % de tous les revenus en 1970 à 19,8 % en 2011, avec un sommet de 23,4 % en 2007, soit juste avant la crise [1]. Notons que la seule autre année où la concentration des revenus vers le sommet a été aussi élevée était en 1928, l’année précédant le Krach boursier ayant mené à la Grande dépression.

ÉCONOMIE ET LIBERTÉ(S)

   Liberté et économie sont deux notions à la fois éloignées et proches. A priori, la première relève du politique, la deuxième de la production et de l’échange de biens et services. Pourtant, un des grands débats en science économique est celui de l’importance devant être accordée à l’État dans la régulation et l’orientation de l’économie, soit du degré de liberté pouvant être laissé aux agents économiques. Les tenants d’une liberté maximale se réclament du libéralisme ou du laisser-faire, leurs opposants de la social-démocratie. Des politiciens endossent l’un ou l’autre camp. Les prises de position de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan ont ouvert la voie à trente années de libéralisme économique ou plus précisément de néo-libéralisme, puisqu’il s’agissait de la résurgence d’une idée ancienne.   Le 15 novembre dernier, dans une conférence au Musée de la civilisation du Québec, Pierre Dockès, professeur à l’université Lyon-2, spécialiste de l’histoire économique, a retourné sous toutes les coutures les rapports complexes entre économie...Read More >

La rémunération des travailleurs canadiens ne suit pas la croissance économique.

La compétitivité du Canada  Selon le Global Competitiveness Index la performance économique du Canada s’est améliorée, passant de la 13ième position en 2005 à la 16ième position en 2006, puis de la 10ième sur 139 pays en 2010 à la 12ième sur 142 and 2011-2012. Le pourcentage de sa population en âge de travailler qui a un emploi est passé de 54,5% en 1970 à 64,1% en 2005 et à 62,3% en 2010, ce qui situe le Canada au 2ième rang des pays de l’OCDE ayant fait l’objet d’une étude[1] de la Resolution Foundation d’Angleterre de laquelle proviennent les données statistiques que nous citons ci-après. Quelques indicateurs de l’évolution de la rémunération des travailleurs canadiens  Au Canada, la part de la rémunération du travail dans la valeur ajoutée brute est passée de 59% en 1970 à 55% en 2007. Le rapport du changement annuel moyen dans le salaire médian des travailleurs à temps plein au changement annuel moyen dans le...Read More >

Une nouvelle social-démocratie?

Le 24 octobre dernier avait lieu à Montréal une journée de réflexion sur le thème «Pour une social-démocratie renouvelée». Organisée par François Delorme, président sortant de l’Association des économistes québécois, la journée débutait par un colloque qui a attiré quelque 150 participants. Elle se poursuivait avec la présentation de «République : un abécédaire populaire» un film d’Hugo Latulippe donnant la parole à une trentaine de leaders politiques, culturels et intellectuels.

Éloge de l’égalité

La publication en 2009 du livre The Spirit Level, par deux épidémiologistes anglais, a fait couler beaucoup d’encre au pays de Margaret Thatcher. Ce n’est guère étonnant puisque le livre constitue un plaidoyer en faveur d’une reprise en charge par l’État de responsabilités dans la répartition des fruits de la croissance. S’appuyant principalement sur des illustrations graphiques comparant plus d’une vingtaine de pays développés, dont le Canada, les auteurs, Richard Wilkinson et Kate Pickett, font différents constats qui vont presque tous dans le même sens. Selon eux, les sociétés les plus égalitaires sont les plus performantes sous l’angle du développement humain et la plupart des problèmes sociaux peuvent être corrélés aux écarts de revenus davantage qu’à l’insuffisance des revenus. Même l’obésité serait reliée au statut social et la criminalité à l’humiliation. Des corrélations semblables sont observables pour les grossesses adolescentes, la mortalité infantile, la maladie mentale, la confiance entre les individus (trust), l’émancipation des femmes, la consommation de drogues, l’espérance...Read More >

Les inégalités de revenus : causes, évolution et situation québécoise

La question des inégalités de revenus a retenu l’attention de nombreux économistes au Québec comme un peu partout ailleurs dans le monde. • Pour certains, l’inégalité des revenus est une préoccupation qui fait l’objet d’une enquête et d’un questionnement. Pourquoi les inégalités sont ce qu’elles sont? Pourquoi ont-elles évolué comme elles l’ont fait? • Pour d’autres, il importe de savoir si l’inégalité des revenus conduit à un ensemble de calamités sociales (criminalité, inégalités de santé, décrochage scolaire,…) que l’on peut associer aux inégalités (Wilkinson et Pickett, 2010). Finalement, il y a ceux qui lui attribuent la cause ultime de la récession de 2008 (Attali 2008) puis ceux (Reich 2011, Courchesne 2011) qui la perçoivent comme un empêchement pérenne à la reprise économique américaine. • À l’autre extrême, il y a ceux qui considèrent que les préoccupations de ce genre sont une perte de temps (Feldstein 1998) : tant que les riches ne s’enrichissent pas au détriment des autres classes de...Read More >